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ARMEE ET REVOLUTION EN 1848 en 2 tomes

80,57 €

Colonel Witold ZANIEWICKI 

TOME 1 = 212 PAGES + TOME 2 = 234 PAGES format 21 X 29.7 cm 

Analyse détaillée de l'armée de 1848, Nombreuses références, cartes et archives.

Professeur à l'école de guerre, a participé avec J. Delmas au renouveau de l'histoire militaire en France, en développant ses dimensions économiques et sociales.
Quantité

Toutes les conditions sont réunies pour qu’une grave crise morale ébranle l’armée française du 22 février au 20 décembre 1848. Les révolutions de février et de juin exacerbent de vieux conflits entre officiers et sous-officiers, font apparaître les défauts de structure et les insuffisances du haut-commandement, risquent de provoquer un divorce entre l’armée et la nation, créent un courant démagogique qui pénètre les troupes restées très populaires. La République demande aux unités un effort permanent : maintenir l’ordre dans les campagnes et les villes, instruire les nombreux rappelés, se tenir prêtes à combattre à l’extérieur. Elle leur crée des tâches supplémentaires : organiser les élections, remanier à plusieurs reprises leur organisation administrative, créer des unités de guerre. Toutes ces tâches se traduisent par d’incessants mouvements de troupes qui fatiguent les soldats et empêchent toute vie familiale possible aux cadres.

La crise d’indiscipline, au lendemain de février, est résorbée immédiatement par l’action énergique des cadres, surtout lorsqu’ils sont républicains, et par l’indifférence même des troupes. L’armée s’adapte très rapidement aux conditions nouvelles et remplit au mieux les missions qui lui font confiées. Sa modération lors des combats de juin traduit sa lassitude des guerres civiles, indifférente, n’est ni révolutionnaire ni réactionnaire, elle est avant tout nationale. Mais cette armée est très disciplinée : en février, l’échec du Plan Gérard est dû à l’attitude de la garde nationale : l’armée, entièrement soumise à l’autorité civile par les réquisitions, n’a pu que se laisser désarmer et quitter la capitale. Les troupes sont revenues à Paris le 15 mai : les opérations de maintien de l’ordre au début du mois de juin ont servi de répétition à la garnison. Cavaignac a su concentrer les unités présentes avec le maximum de rapidité, le matin du 23 et s’en servir efficacement contre l’émeute, tout en jouant un rôle modérateur dans la répression.

On retrouve partout cette idée-clef de discipline. C’est par discipline souvent que le soldat rend sur ordre ses armes en février, aux bourgeois de la garde nationale, par discipline qu’il se bat en juin contre l’ouvrier ou en province contre le paysan, plus proches de lui par l’origine, c’est par discipline qu’il adhère au gouvernement provisoire puis à la république, qu’il vote, même qu’il fraternise sur ordre, lors d’un banquet patriotique. Idée, très nouvelle en France, héritée de la monarchie de juillet, qui s’est lentement imposée au bout d’un demi-siècle de maniement d’armes à la prussienne, et qui a remplacé la fidélité au chef, encore vivante en 1830. En 1848, l’armée n’est pas coupée u peuple, il n’existe pas d’antimilitarisme ni de particularisme militaire exacerbé, mais la révolution de juin crée une première rupture ; l’armée indifférente politiquement s’est trouvée mise au service de la bourgeoisie au cours d’une guerre sociale ; coupée de ses sources populaires, elle en ressent une gêne diffuse qui lui fait encore plus espérer une guerre étrangère, Louis-Napoléon représente pour elle cet espoir. Déjà perceptibles sous la monarchie, les unités les plus républicaines n’ayant alors jamais hésité à intervenir contre les désordres, cette discipline abstraite s’affirme avec force, en 1848 ; c’est elle qui explique l’armée en face de la révolution et de la république.