CORNE DE LUNE

CORNE DE LUNE
Christian DUPRĂ©
L’éternité et trois personnages. Un huis clos sartrien, dans lequel on n’en finit pas de rejouer la même scène.

Création 98/99 de l’Atelier théâtre Jean Vilar, mise en scène de l’auteur. Avec Olivier Massart (David), Isabelle Defossé (Rachel), Vincent Dujardin (Fisk), Au Théâtre Blocry (Louvain la neuve) du 24 septembre au 31 octobre 1998.

« Regarde-toi ! Tu as la figure de l’éternel recommencement. Tu n’as pas de futur. » Dans cette comédie, le monde se rejoue indéfiniment. Les personnages se métamorphosent mais les liens entre eux sont indéfectibles. Le décor ne change pas : des photos de Rachel, une actrice qui en est toujours au cinéma muet, des pommes, du camembert et des amandes. Une pièce complexe et dense, qui ne se réduit pas à un seul niveau de lecture.

Extrait : David : Eh bien, dis donc, elle ne s’est pas gênée ! Elle a tout raflé. Fisk : C’est normal, tout lui appartenait. Qui es-tu ? David : David. Ton cohabitant du dessous. Au début, je me disais que j’allais rester une heure ou deux. Mais comme personne ne descendait…C’est incroyable tout ce qu’il y a à bouffer en dessous. Un vrai régal. Je me suis servi comme un prince. Il y a même le pommier d’en face pour les desserts. Tu m’as sûrement vu monter dedans. Fisk : Ah, c’est toi ! David : Oui, c’est moi. Dis-donc, ça t’arrive jamais de changer d’endroit ? Il regarde tout autour dans la pièce. Il ne reste même pas un cadre ! Il y a des photos en bas. Si tu veux, on pourrait en accrocher quelques-unes. Fisk : Si tu veux. David : Bon, d’accord. Au prochain voyage, j’en ramènerai quelques-unes. Histoire de donner un petit peu de vie au décor.

Biographie de l’auteur : Né à Bruxelles en 1965, il obtient un diplôme d’art dramatique à l’Académie d’Etterbeek (classe de Bernard Marbaix), suit des stages de formation d’acteur en Avignon en 1988 et 1989. Passionné de cinéma, il fonde en 1989 l’Asbl CINOPSIS (promotion, production et réalisation de films) qu’il dirige jusqu’en 1993. Il crée également la revue « Aaaarrggh » dans le cadre du festival du Film Fantastique de Bruxelles et en devient le rédacteur en chef Au théâtre, il a joué dans Cet animal étrange de Tchekhov, mise en scène de Bernard Marbaix, Feu la Mère de Madame de Feydeau et Les Amours de Jacques le Fataliste, toutes deux au Théâtre du Créneau, dans des mises en scène de Quentin Milo. Pour le Théâtre de l’Escalier, il adapte Platonov de Tchekhov et assure l’assistanat de la mise en scène confiée à Olivier Massart.

Du même auteur aux Editions du Cosmogone : 1998 : Les Sœurs Julia Le Vol des hirondelles russes Paravents chinois. 2000 : Avant-Première (recueil quatre pièces) : Les Couleurs de la neige, Apone Prime, Le Jardin des papillons, Il était une fois dans un théâtre. Autres pièces : 1997 : Le Baiser d’Eden, 2-1=3 1998 : Aujourd’hui, dans quelques heures, la mort va m’emporter Poissons noyés

Interview de l’auteur avant la Première : Que raconte cette pièce, dans laquelle les trois personnages semblent errer ? Ma première volonté, c’est de proposer et pas d’imposer. Cette pièce est la troisième que j’ai écrite. Je me suis fait plaisir, sans penser à la vendre. Et c’est elle qui a été choisie. Pour cette pièce, j’ai voulu explorer ce qu’est un décor. Si on fait un décor vérité, on est battu par le cinéma. Je voulais vivre le décor, qu’il suive le mouvement intérieur des personnages. Au début, un des personnages, Fisk, a tout enlevé. L’autre, David, qui vient d’ « en bas », veut reconstruire le décor. A la fin, le même texte recommence. C’est une boucle, mais quelque chose a changé : il reste un piano sur scène. Ce que j’ai voulu introduire dans Corne de lune, c’est l’idée d’espoir. A la lecture, plusieurs interprétations sont possibles. Ce sera le cas aussi sur scène ? (…) En mise en scène, c’est vrai, il faut appuyer tel ou tel choix, ne pas trop rester dans le flou. J’ai dû faire des choix définitifs, même si j’espère laisser les choses ouvertes. (…) Je voulais parler du mouvement perpétuel. Je vis avec cette idée du mouvement perpétuel. Dans une autre pièce, Les Paravents chinois, j’en parle aussi. En Occident, on a perdu cette notion, et je trouve intéressant ce regard asiatique sur nos propres vies. » Propos recueillis par Didier Catteau pour Vers l’avenir, 22 septembre 1998

Face au public : « Au départ, il y a Fisk (Vincent Dujardin), sorte d’ange dandy priant devant une fenêtre brisée, face à la lune. David (Olivier Massart), tel un prince des ténèbres, surgit d’un « en-bas » mystérieux. Arrive encore Rachel (Isabelle Defossé), qui a quitté Fisk. A l’arrivée, il y a Rachel qui vient d’en bas, trouve Fisk en prière, et lui dit mot pour mot ce que David lui avait déclaré cent minutes plus tôt. Entre les deux, Christian Dupré joue avec le temps et l’identité du trio. Rachel est autant la fiancée de Fisk que son étrange belle-mère, ou encore une diva de cinéma muet totalement folle. David et Fisk changent aussi de peau, mais restent ce duo dans lequel le premier tient lieu de béquille du second. Si l’auteur entremêle les époques, c’est pour accentuer l’ambiguïté , en appuyant volontairement sur les analogies entre les personnages successifs et les situations qu’ils vivent. On imagine la difficulté pour le public de trouver des repères alors que le temps et les situations se confondent…Plus d’une fois, on se demande si ce qu’on voit a eu lieu avant ou après la scène précédente ! Heureusement, la mise en scène et un jeu sur les costumes et accessoires, très bien travaillés, nous aident à suivre le fil. Et puis, même si on est parfois largué, il reste deux grands plaisirs. D’une part, le texte nous réserve quelques très belles idées à creuser. Exemple : « Pourquoi voulez-vous toujours souffrir ? Parce que si on ne souffre pas, on n’arrive nulle part. » Et il y a le jeu des comédiens. D’Olivier Massart surtout, qui a décidé Christian Dupré à présenter cette pièce à Delcampe. Il s’est manifestement imprégné jusqu’au plus profond de ce personnage énigmatique qu’est David, et réalise une composition riche : odieux, généreux, joueur, sournois, fragile derrière sa suffisance, il donne à cette Corne de lune un souffle qui lui fait passer la rampe. » Didier Catteau, Vers l’avenir, 29 septembre 1998 « Deux éléments sont omniprésents dans la pièce de Christian Dupré : David Lynch et la lune. Le cinéaste est en effet présent non seulement par les musiques et décors, mais aussi par les personnages eux-mêmes : Fisk est aussi issu d’Eraserhead, tandis que David est une allusion à peine voilée au cinéaste. Son obsession à vouloir transformer Fisk en lui construisant un décor fait que plutôt qu’un dieu, il est comme le metteur en scène de la vie de Fisk. Et à côté de l’homme et du dieu-metteur en scène, il y a la lune, autour de laquelle gravite toutes les figures féminines. Les femmes, qui font que tout change (la Lune est le symbole du mouvement), mais que c’est toujours la même chose. Christian Dupré, très influencé par les philosophies orientales, a construit une pièce sur le mouvement perpétuel, avec ses pôles masculin et féminin. Et en fil conducteur, le décor. C’est en effet en le poussant à reconstruire un décor que David va « remettre Fisk à la vie ». C’est toujours ce décor qui va les pousser à voyager (au Mexique, où la pièce rend hommage au vieux Sunset Boulevard). Et quand David renonce, il s’empresse de déconstruire tout le décor. Tout ? Non. Il reste un piano. Et ça fait toute la différence… Une pièce magique, où une corne de brume persistante annonce l’entrée du mystérieux. Un univers à découvrir, la tête dans la lune… » La Nouvelle Gazette, 30 septembre 1998. « L’éternel recommencement du camembert, le démiurge caractériel qui voulait créer un décor pour son cohabitant, les mythes du cinéma, les phases de la lune et les songes de l’homme qui ne savait pas la prier…(…) Parce qu’il y a des histoires, des dimensions qui se croisent et se mélangent sans pour autant s’étouffer l’une l’autre. C’est libre, tordu, drôle et prenant. Il est question de deux hommes, une femme, ou de deux dieux et un homme, ou de personnages presque indéfinis qui interdisent toute exégèse péremptoire. A chacun de greffer son imaginaire à l’onirisme ambiant. Rassurez-vous, cela se fait naturellement, ce petit bijou de spectacle n’est pas un délire hermétique pour intellectuels gloseurs. Le Matin, 30 septembre 1998.

Quelques sites à consulter : www.ateliertheatrejeanvilar.be : informations sur la pièce www.aml.cfwb.be : antenne théâtrale de la communauté française de Belgique ; biographie de l’auteur et résumé de ses pièces.


- EAN : 9782909781600
- Disponible : oui
- Composition : 140 pages ,115 x 205 mm, broché, 161 g,
- Paru en octobre 1997
10.65 €
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