« Quand l’homme vint sur la terre, il eut peur des éléments. « Les dieux de la lumière sont en colère ! il me faut tuer mon prochain pour les apaiser ! » cria-t-il. Plus tard, l’homme s’abrita du vent et de la pluie et de la force des éclairs. Mais, dans le cœur de l’homme lui-même, s’agitent des éléments aussi puissants que le vent et la foudre. Et il nia l’existence-même de ces éléments, pour ne pas avoir à les affronter. Le conte que nous allons vous raconter relate la tempête mortelle qui entraîne l’homme de notre temps, quand il dit encore : « Il me faut tuer mon prochain ! ». Nous nous demandons : Quand donc l’homme aura-t-il la sagesse de se construire un refuge solide contre la peur de l’inconnu ? » « J’ai dit à l’homme qui était debout au portail : « Eclaire-moi pour pénétrer (pas à pas) dans l’inconnu ». Et il a répondu : « Va dans les ténèbres et met ta main dans la main de Dieu. C’est meilleur que la lumière et plus sûr qu’un chemin connu. »
Frank Borzage dans le film The Mortal Storm
Commentaires de Stéphane GROBOST :
Dans un paysage éditorial où la théorie cinématographique oscille souvent entre l’académisme aride et la nostalgie des grands récits historiques, Lionel Tardif ancien directeur de la Cinémathèque de Tours propose avec ce recueil intitulé « Les Routes de la foi au cinéma »une traversée ambitieuse et délicate : celle des représentations de la foi, de l’expérience mystique et de la quête spirituelle à l’écran.
L’auteur est une figure respectée du monde cinéphile pour ses nombreuses contributions à l’histoire et à la transmission du cinéma — ne se contente plus ici de dresser une simple cartographie des films religieux ou « à thématique spirituelle »il opte pour une démarche hybride, à la fois répertoire cinématographique et analyse subjective des œuvres qui ont, au fil de l’histoire du cinéma, tenté de dire l’invisible ou d’éprouver la présence de l’infini dans l’immanence du monde.
Sur un ton, parfois littéraire, parfois méditatif, donne le la Tardif aspire moins à imposer une théorie unifiée qu’à mettre en dialogue des films en lien ave son parcours de cinéphile mystique.
Le choix de film est assez éclectique un voyage de Solaris à Yeelen, en passant par Tabou ou Thérèse . L’auteur en propose des lectures qui font se rencontrer esthétique, sens spirituel et dimension existentielle. Cette diversité est sa force : elle montre combien le cinéma, medium intrinsèquement polymorphe, a su interroger la foi sous des formes aussi variées que le mysticisme silencieux, les figures de rédemption ou l’abandon aux forces impénétrables du monde.
Ce qui fait l’intérêt profond de Les Routes de la foi au cinéma, c’est sa volonté de dépasser la simple catégorisation thématique pour ouvrir des fenêtres critiques, presque philosophiques, sur ce que la foi et l’expérience spirituelle font au cinéma — et réciproquement. Tardif ne se contente pas de dire « tel film parle de Dieu » ; il explore comment ces films aménagent des espaces sensibles où se jouent les tensions entre doute, extase, désespoir et révélation.
On sent chez l’auteur une conviction profonde : que la foi — au sens large, inclusif et non confessionnel — n’est pas qu’un sujet de film, mais une dimension existentielle que le cinéma peut éclairer avec une puissance singulière. Ce positionnement fait parfois pencher le livre vers une écriture plus contemplative que strictement analytique, mais c’est précisément ce parti pris qui le distingue des livres plus « scolaires » sur le cinéma.