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Le Christophore - Kinthia APPAVOU

14,03 €

138 pages couleur, format 12 cm x 19 cm  ISBN : 978-2-8103-0371-7

La vie légendaire de saint Christophe remonte aux premiers siècles du christianisme, époque très controversée, où la « nouvelle religion » est confrontée aux anciennes croyances. Il  est  d’abord représenté avec une figure de chien surtout au Moyen Orient où sa légende est née. 

Mais en Occident, une autre image  se superpose, celle de saint Christophe portant le Christ en traversant des eaux tumultueuses.  Sa popularité grandit avec cette image qui nous touche toujours autant. Car elle nous rappelle par sa puissante simplicité, cette rencontre fulgurante que nous devons tous faire un jour, si tant est que nous y sommes appelés. 

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« Chaque chrétien est un “Christophore”, c’est-à-dire un porteur du Christ ! » avait déclaré le pape François. première audience jubilaire,  du samedi 30 janvier 2025, place Saint-Pierre.

Recension de Rémi Boyer :

Saint Christophe est à la fois très populaire et très complexe dans ses constructions qui varient selon les traditions. « L’histoire de saint Christophe n’est pas « linéaire », avertit Kinthia Appavou, car il existe véritablement deux personnages distincts qui le représentent : en Orient, saint Christophe est représenté avec une tête de chien et en Occident, il est représenté comme un homme très grand et très fort, traversant un fleuve impétueux en portant dans ses bras le Christ-Enfant. »

Nous avons ainsi deux dimensions symboliques différentes mais convergentes qui illustrent le glissement des mythèmes d’une culture à une autre, parcours que l’auteur cherche à identifier même si les incertitudes demeurent. Le culte du saint cynocéphale, qui évoque immanquablement Anubis, s’est diffusé au Moyen Orient par les Actes apocryphes de l’apôtre André dans un contexte orienté vers la conversion au message chrétien. « La conversion d’un cynocéphale, signale Kinthia Appavou, est donc vue comme un modèle du genre : si un cynocéphale a pu être converti, c’est que tout est possible et qu’il y a un salut pour tout un chacun. Il devient un personnage mythique par excellence qui peut revêtir à loisir bien d’autres attributs. »

De nombreuses versions orientales de la légende existent, porteuses d’épisodes divers qui conférent au saint les fonctions les plus variées. Il est ainsi associé à saint Georges pour devenir le patron des militaires. Avec la légende occidentale de Jacques de Voragine et la version d’Amédée de Ponthieu, qui reprend des traditions orales, le mythème de la traversée du fleuve  tumultueux en portant l’Enfant-Christ se précise. Kinthia Appavou décrypte ces légendes afin d’en extraire un enseignement pour tous dans lequel la vigilance est centrale. Les légendes illustrent la puissance de résurrection d’une « deuxième naissance » fruit d’une alchimie intérieure.

Kinthia Appavou développe longuement le symbolisme de la croix et de ses mystères qui justifient finalement la fonction de christophore. Les légendes populaires élaborées autour de saint Christophe offrent un symbolisme particulièrement fourni qui véhicule plusieurs enseignements, à condition sans doute de ne jamais quitter le champ du simple.

Extraits de la recension d’ Aratz Irigoyen sur 450 FM 

Dans Le Christophore, Kinthia Appavou ouvre un espace étonnamment ample, où la figure de saint Christophe se déploie comme un véritable itinéraire initiatique. Ce qui pourrait n’ être qu’un opuscule de dévotion  devient une enquête historique, symbolique et mystique sur ce personnage double, à la fois cynocéphale venu d’Orient et géant portant l’Enfant-Dieu à travers les eaux. La vie légendaire de saint Christophe remonte aux premiers siècles du christianisme, où la jeune Église cherche à affirmer son identité au milieu des anciennes croyances.

La première partie du livre suit patiemment la piste orientale du saint. Le lecteur découvre combien la légende de Christophe est tissée de fils bien plus anciens que le seul christianisme. L’autrice ne se contente pas d’énumérer des rapprochements érudits. elle fait sentir, derrière les syncrétismes successifs, la persistance d’un besoin spirituel. 

La troisième grande séquence s’ouvre avec Jacques de Voragine. Kinthia Appavou confronte cette version à celle d’Amédée de Ponthieu. Cette lecture des grands textes traditionnels prépare la dernière partie, la plus explicitement ésotérique et mystique, où Kinthia Appavou invite à « entrer dans le mystère de la Croix ». Le signe de Croix, enfantin en apparence, devient ici geste initiatique. 

Des sources iconographiques témoignent d’un réel souci de précision. Mais le livre reste très accessible, porté par une écriture fluide, ponctuée d’images fortes et de questions franches. Il s’adresse autant à des lecteurs croyants qu’à des chercheurs de symboles, qu’à des voyageurs intérieurs en quête de figures pour habiter leur chemin.

Au terme de cette lecture,  Kinthia Appavou élargit encore la perspective : il ne s’agit pas de vénérer de loin un héros du passé, mais de découvrir, au cœur de nos propres existences, la possibilité de porter, ne serait-ce qu’un instant, la lumière qui nous traverse. C’est là, sans doute, la véritable réussite de ce livre : faire de la légende un miroir, et de ce miroir un appel.